Steven Soderbergh nous a donné certains des meilleurs films du 21e siècle; Traffic, Ocean's Eleven, The Good German, le diptyque Che, et, malgré quelques expériences obscures (The Girlfriend Experience) et autres tentatives peu fructueuses (Contagion), le réalisateur a su nous prouver qu'il sait comment fonctionne l'objet filmique et comment en tirer profit au maximum, selon le genre exploité. Ici, avec Haywire, on s'aventure davantage au niveau du suspense et de l'action, que du drame ou du portrait; styles sur lesquels le cinéaste s'est surtout attardé ces dernières années. Soderbergh a un talent pour la direction d'acteurs ainsi qu'un sens du rythme effarant qui lui permet de faire d'une production aux pronostics banals et conformistes, une oeuvre supérieure. L'histoire de Haywire n'est pas, à proprement parlé, originale et unique; une ancienne marine, qui travaille pour une compagnie indépendante d'agents secrets, est piégée par ses propres troupes qui veulent l'éliminer, mais le traitement visuel particulier du cinéaste et l'ambiance claustrophobique qu'il réussit à créer nous fait rapidement oublier le prosaïsme du récit.

Les scènes de combat sont irrémédiablement les plus impressionnantes et abouties. Le réalisateur a choisi de les dépouiller de toute musique ou ambiance sonore. Tout ce que le spectateur entend ce sont le bruit des coups, la respiration des antagonistes et le brouhaha des objets qui se brisent sous leurs offensives; une recette efficace qui donne plus de mordant et de vigueur aux séquences d'action. On doit également la qualité des affrontements à l'aisance et à la rigueur de Gina Carano, ex-championne d'arts martiaux mixtes. Même si son jeu, trop gros, n'est pas à la hauteur de celui de ses comparses, elle est visiblement bien dirigée et livre, au bout du compte, une performance suffisamment crédible pour accrocher le public - et convaincre les méchant(e)s critiques. Suite...