Les États-Unis ont acquis leur indépendance suite à une guerre sanglante contre l'occupant britannique et la Déclaration d'Indépendance, rédigée par Thomas Jefferson, est aujourd'hui vénérée comme une relique chez nos voisins du sud. Toute la mystique entourant les origines de la nation la plus puissante du monde est issue d'un savant et graduel tissage et métissage culturel. Or, le cinéma est encore à ce jour l'instrument le plus efficace dans l'arsenal de promotion de l'esprit américain. D'un pays né dans la violence, dont l'histoire est jalonnée de faits d'arme, de déchirements et de conflits, puis dont le peuplement graduel vers l'Ouest s'est fait dans la sueur et le sang, il n'est pas surprenant que le héros américain au cinéma soit avant tout un guerrier résistant et résiliant, dont le patriotisme sans tache évoque presque la sainteté. Films cultes? Pas tous. Mais il y a certainement une forme de culte dans ces films...

Après tout, aux États-Unis, il n'existe pas d'action plus révérée que celle de défendre la patrie. La sortie de Captain America: The First Avenger n'est pas étrangère au climat d'incertitude politique et économique qui règne actuellement dans le pays de la liberté. D'un homme petit, sans peur et sans reproches, on fabrique un véritable héros en acier trempé et dont la force morale est aussi indestructible que son bouclier. Ce n'est pas un hasard si la bande dessinée d'origine est née elle aussi pendant une guerre, la Seconde, en des temps troublés qui nécessitaient un symbole pour redonner foi en la victoire. La roue de l'Histoire semble avoir bien peu tourné depuis, car on a récupéré le héros tel quel pour le parachuter dans un autre médium, obtenant du même coup un bel objet de propagande prêt à servir. Malheureusement, simplement parce que le personnage s'appelle Captain America et que, de ce fait, l'impression est donnée qu'on assistera à des séquences d'une incommensurable lourdeur patriotique, il est possible que le film perde une précieuse occasion d'interpeller un public international. L'avenir nous le dira.

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