Serge Bromberg, qui s'occupe de la restauration de films par l'entremise de la société Lobster Films, qu'il a fondée en 1985, a largement contribué à la restauration d'une copie couleur (peinte au pinceau) du Voyage dans la lune.
Celle-ci a duré douze ans et a été le résultat d'un énorme travail (réalisé grâce aux avancées technologiques), qui a coûté 500 000 euros, rien que pour la dernière année, pour 15 minutes de film.
Serge Bromberg a soutenu dans un entretien à l'Associated Press qu'il s'agit de la restauration la plus coûteuse, mais que «le rêve, ça n'a pas de prix».
Ce passionné de cinéma a noté que pour sauver des vieux films qui se détériorent rapidement, il faut réagir le plus vite possible. Il a indiqué qu'il y a moins de la moitié des films muets tournés dans le monde depuis 1910 qui survivent partiellement ou complètement aujourd'hui.
Hugo, le dernier film de Martin Scorsese, qui est sorti en salles au Québec, évoque également la vie de Georges Méliès.
«De tous les films que la Terre ait portés, c'est la restauration la plus complexe, la plus ambitieuse et la plus dingue qu'on ait jamais réalisée», a assuré M. Bromberg.
Le réalisateur américain Martin Scorsese, qui «connaissait notre travail et notre projet», «a un peu changé le scénario» de son film quand il a vu les premières images du Voyage dans la lune, a souligné Serge Bromberg. «Un peu plus d'une minute de notre version restaurée est dans le film de Scorsese», a-t-il ajouté.
«Il a dû prendre cinq minutes chez nous de films divers», notamment «Le royaume des fées, qui à mon sens est l'un des films les plus beaux qu'ait fait Méliès, et peut-être son chef d'oeuvre», a-t-il observé.
«On savait que l'anniversaire de la naissance de Georges Méliès allait réveiller l'intérêt public» pour ce cinéaste, remarque également Serge Bromberg. «C'est une part de nostalgie, une part d'éblouissement, c'est une plongée au coeur de l'ADN du cinéma, du spectacle cinématographique», a-t-il poursuivi, en notant que si Louis Lumière disait avoir inventé le cinéma, il affirmait aussi que Georges Méliès était l'inventeur du spectacle cinématographique.
Sorti en 1902, Le Voyage dans la lune était à l'époque le film le plus long de l'histoire du cinéma.
Au total, Georges Méliès aura tourné quelque 520 films. Il en reste aujourd'hui entre 200 et 220. «Exproprié de sa maison en 1923, il fait un trou dans son jardin, et il brûle tous ses décors, mais aussi tous ses films, tous les négatifs», raconte M. Bromberg.
Les films retrouvés sont donc des copies, souvent dénichées dans des caves et des greniers.
La version du Voyage dans la lune présentée en salles est à 90-95 pour cent une copie en couleur retrouvée en 1993 à Barcelone, sans doute la seule qui existe, mais elle était décomposée. Comme il manquait la fin et les dix premières secondes, deux autres copies en noir et blanc, dont une détenue par Madeleine Malthête-Méliès, la petite-fille du cinéaste, ont été utilisées pour présenter le film dans sa totalité.
En plus de travailler sur la restauration des films, Serge Bromberg cherche à trouver un public pour les présenter, notamment par l'entremise de spectacles et de partenariats. Et Lobster Films, intéressée par la restauration de pépites cinématographiques qui peuvent encore se trouver dans les greniers, invite ceux qui en découvriraient à les contacter.