Récompensé au Festival de Cannes par le Grand Prix du jury en 2002 pour «L'homme sans passé», le Finlandais Aki Kaurismäki réalise son premier film en français avec «Le Havre», qui sort le 21 décembre dans l'Hexagone.
On y retrouve son actrice fétiche, la Finlandaise Kati Outinen, mais aussi plusieurs Français: André Wilms (qui joue pour la quatrième fois dans un film du réalisateur finlandais), Jean-Pierre Léaud et Jean-Pierre Darroussin, nouveau venu chez Kaurismäki.
Jean-Pierre Darroussin incarne un inspecteur de police dans ce film évoquant la rencontre, puis l'histoire d'amitié entre un cireur de chaussures havrais, dont la femme souffre d'une grave maladie, et un garçon africain ayant survécu à un voyage, à l'intérieur d'un container, depuis l'Afrique.
Le film d'Aki Kaurismäki a été préféré à «L'Apollonide (Souvenirs de maison close)» de Bertrand Bonello, «L'Exercice de l'État» de Pierre Schoeller, «La Guerre est déclarée» de Valérie Donzelli, «Hors Satan» de Bruno Dumont, «Les Neiges du Kilimandjaro» de Robert Guédiguian, «Pater» d'Alain Cavalier, «The Artist» de Michel Hazanavicius et «Tomboy» de Céline Sciamma.
Djinn Carrenard, un jeune réalisateur d'origine haïtienne, a été récompensé pour sa part par le Louis-Delluc du premier film pour «Donoma» (sorti le 23 novembre sur les écrans français), produit pour 150 euros.
«Je ne m'y attendais pas du tout. Ca impressionne, ça intimide», a-t-il déclaré lors de la cérémonie de remise du prix au Fouquet's, à Paris.
Djinn Carrenard, 30 ans, n'a pas fait d'école de cinéma. «Je dirai qu'il y a plusieurs façons d'apprendre. Il y a des gens qui ne peuvent rien apprendre en dehors du cadre de l'école. Moi, je fais partie de ceux qui ont énormément de mal à apprendre dans le cadre de l'école», a-t-il affirmé.
«J'ai appris à lire tout seul. Le peu de choses que j'ai apprises, je les ai apprises tout seul», notamment par internet, a-t-il ajouté.
Il a souligné que même sans argent, il fallait «décider soi-même du moment ou on tourne».
«Ce qu'il y a avant tout, c'est cette volonté de ne pas attendre, et cette volonté de ne pas attendre, elle a été suivie aussi par des gars qui avaient fait des écoles de cinéma. Quand on pense à des mecs comme Jim Jarmusch ou Spike Lee, c'est des mecs qui avaient fait des écoles de ciné très onéreuses et très pointues, et ça se ressent dans leur façon de bosser. Il y a tout un travail qu'ils font sur l'image que je vais apprendre sûrement un jour parce que j'aurais envie de l'apprendre», a-t-il observé.
«Si j'ai de l'argent pour tourner, je tournerai volontiers avec de l'argent», mais le manque d'argent «ne m'empêchera jamais de tourner», a-t-il également noté.
Créé en 1937 et surnommé le «Goncourt du cinéma», le prix Louis-Delluc, attribué par un jury de critiques, récompense le meilleur film français de l'année. Il doit son nom à Louis Delluc, cinéaste et écrivain.
L'an dernier, le prix avait été décerné au film «Mystères de Lisbonne», du réalisateur franco-chilien Raoul Ruiz, le prix Louis-Delluc du premier film étant attribué à la Française Rebecca Zlotowski pour «Belle épine».