Les films de Podz («L'affaire Dumont»), de Xavier Dolan («Laurence Anyways») et d'Anaïs Barbeau-Lavalette («Inch'Allah») font partie des oeuvres québécoises les plus attendues parmi la vingtaine qui doivent prendre l'affiche en 2012. Au cours du mois de décembre, La Presse Canadienne a joint les trois cinéastes en leur demandant d'abord de lever le voile sur leur projet de film, puis de se commettre en indiquant quels sont les longs métrages qu'ils ont eux-mêmes hâte de découvrir.
«Non mais là, vous allez écrire que ça m'embête de faire un choix, n'est-ce pas?», s'assure Podz - deux fois plutôt qu'une - avant de répondre à la seconde partie de la question. «Il y a une grosse compétition entre les réalisateurs au Québec. C'est un petit milieu, et les réalisateurs sont des êtres fiers», a expliqué le cinéaste, qui venait de boucler les 29 jours de tournage de «L'affaire Dumont» au moment de l'entrevue téléphonique.
Pour concrétiser ce projet de long métrage, qu'a porté à bout de bras la comédienne Geneviève Brouillette pendant environ trois ans, Podz a de nouveau fait équipe avec la scénariste Danielle Dansereau («19-2»). L'intrigue tourne autour de Michel Dumont (Marc-André Grondin), un livreur de dépanneur reconnu coupable d'une agression sexuelle qu'il n'a pas commise, et de Solange (Marilyn Castonguay), qui, convaincue de son innocence, tentera par tous les moyens de le faire acquitter.
Podz, de son vrai nom Daniel Grou, a porté au petit et au grand écran les hauts et les bas de plusieurs antihéros, que ce soit dans la série télévisée «Minuit, le soir» (2005-2007) ou dans le film «Les sept jours du talion» (2010). C'est cependant la première fois qu'il est pleinement conscient de mettre en scène un protagoniste qui subit au lieu d'agir, signale-t-il.
«Dans les films de fiction, on voit des gens qui prennent le contrôle. L'autre côté rend peut-être mal à l'aise», suggère Podz, qui dit avoir tout fait pour créer une oeuvre qui se démarque des autres.
«J'angoissais beaucoup, se souvient-il. Bon, j'angoisse tout le temps, mais cette fois, je ne voulais vraiment pas reproduire ce qu'on a l'habitude de voir dans les films policiers.»
Au moment de se prononcer sur les films québécois de la cuvée 2012 qu'il lui tarde de découvrir, ce n'est pas l'angoisse qui paralyse Podz, mais plutôt l'hésitation. «Je dirais 'Laurence anyways', pour voir ce que Xavier Dolan va faire avec un budget de 9 millions $, 'Camion', que Rafaël Ouellet tournait en même temps que mon film, et 'Inch'Allah', parce qu'il paraît que le scénario est malade», expose-t-il.
Ce scénario «malade», signé par la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette, explore l'univers d'une obstétricienne québécoise (Évelyne Brochu) qui oeuvre dans un camp de réfugiés palestiniens.
«C'est l'histoire de la rencontre entre cette jeune femme-là et la guerre avec un grand G, ce que ça fait quand la guerre te rentre dedans de plein fouet comme étrangère», lance la cinéaste, qui a elle-même habité en Palestine à quelques reprises pendant plusieurs mois consécutifs.
Elle a choisi de tourner son deuxième long métrage de fiction en Jordanie, où elle avait filmé le documentaire «Se souvenir des cendres» portant sur le tournage d'«Incendies», qui a lui aussi eu lieu au royaume d'Abdallah II.
La réalisatrice décrit ces semaines passées en sol jordanien comme «un plongeon, une espèce de traversée d'une mer en apnée».
«J'ai l'impression que ça a été tellement riche à tous les niveaux, en termes de rencontres, de décors... C'est incroyable les décors qu'on a dans le film, se réjouit-elle. Je suis tellement chanceuse de pouvoir faire ça avec cette ampleur-là. Je suis extrêmement reconnaissante qu'on m'ait fait confiance pour raconter cette histoire.»
Anaïs Barbeau-Lavalette a voulu que le titre de son film («Inch'Allah» signifie «Si Dieu le veut») rime avec espoir, et ce, même si le conflit israélo-palestinien, qui sert de trame de fond à son récit, peut souvent sembler sans issue. «C'est une expression qui est utilisée un peu à toutes les sauces dans le monde arabe, mais c'est aussi porteur d'espoir. Le film est assez dur, mais j'espère qu'il ne sera pas dénué d'espoir», laisse-t-elle tomber.
Pour la cinéaste, complètement immergée dans sa «mer» jordanienne, identifier les films québécois qui lui semblent les plus prometteurs représente un défi de taille puisqu'elle a «l'impression d'être sur une autre planète» depuis des lustres.
Elle sélectionnera tout de même «Tout ce que tu possèdes», de Bernard Émond, «parce que même si je n'aime pas tous ses films, j'aime beaucoup sa démarche» et «Rebelle», de Kim Nguyen, «pour son contexte étranger» (et parce que les membres de son équipe technique ayant tourné avec le cinéaste au Congo-Kinshasa avant de débarquer en Jordanie lui en ont dit beaucoup de bien). Enfin, «Roméo Onze», d'Ivan Grbovic, l'attire en raison du «regard particulier» du réalisateur, qui signe ici son premier long métrage, et parce qu'«un nouveau regard, c'est nourrissant pour tout le monde».
C'est exactement ce qui s'est produit lorsque Xavier Dolan a sorti son premier long métrage, «J'ai tué ma mère», en 2009. Le jeune réalisateur, maintenant âgé de 22 ans a insufflé un vent de fraîcheur dans le paysage du cinéma au Québec. Et si l'on se fie à la description qu'il fait de son prochain film, dont le montage devrait être complété juste avant Noël, son regard singulier n'a pas fini de surprendre les cinéphiles.
«L'idée est née en écoutant une femme me raconter le moment où son fiancé lui a annoncé qu'il voulait changer de sexe, écrit Xavier Dolan. De là, 'Laurence Anyways' est né, histoire d'un amour fou et différent entre une femme et un homme. Un homme qui, dans les années 1990, décide de devenir femme, et demande à sa fiancée de l'accompagner tout au long de la transition.»
Pour la première fois, Xavier Dolan a choisi de ne pas porter les chapeaux d'acteur et de réalisateur, tout simplement parce qu'il n'y avait aucun rôle pour lui dans cette production. Cela lui a permis de concentrer toutes ses énergies derrière la caméra pendant toute la durée de ce tournage, qu'il qualifie comme étant son «plus beau jusqu'à présent».
«Je suis fier du travail accompli, de la rigueur, du climat de création, des nouvelles rencontres, surtout, toujours très exaltantes. Et j'ai le sentiment de m'être amélioré aussi, en tant qu'humain et en tant que réalisateur. J'ai passé les plus beaux moments de ma vie sur ce tournage», relate-t-il avant de se raviser.
«Je dis ça à chaque plateau. Sans doute parce que c'est là que je me sens en vie, que j'arrête d'attendre, de me sentir seul. C'est là que je suis en mouvement», explique-t-il avant de spécifier qu'il attend avec impatience de visionner «Roméo Onze» et «L'affaire Dumont».
En plus des films de Podz, de Xavier Dolan et d'Anaïs Barbeau-Lavalette, plus de 20 productions québécoises devraient prendre l'affiche en 2012, après une année 2011 où les «Café de flore», «Monsieur Lazhar» et autres «Le vendeur» ont multiplié les accolades dans les festivals de cinéma à l'international.