Présenté à Cannes l'an dernier et sorti aux États-Unis à temps pour être éligible aux grandes cérémonies de remises de prix de ce début d'année,
We Need to Talk About Kevin arrive sur les écrans québécois avec une rumeur très favorable - et méritée - quant à la qualité du jeu de Tilda Swinton et l'aspect inédit de son sujet qui promettait d'être passionnant. Swinton incarne une mère rongée par la culpabilité après que son fils adolescent ait abattu plusieurs de ses compagnons de classe. À travers plusieurs flashbacks, on découvre ce qui a mené à cette tragédie à travers la vie de famille des Khatchadourian. Une histoire quasi-inédite, découlant peut-être d'un examen de conscience face aux tragédies scolaires que l'on connaît, surtout aux États-Unis.
Swinton, une actrice qu'on sait dédiée et talentueuse, trouve un rôle à sa mesure dans ce film construit pour lui permettre d'exprimer tout son talent. Dans le rôle d'une mère démunie face à son fils adolescent, elle est d'une grande émotivité et d'une belle retenue. Elle est sublime, mais « sublime », ce n'est pas le bon mot; elle est plutôt désespérée, entre son désarroi face à ce fils qu'elle ne comprend pas et face à sa propre maternité. Sans elle, We Need to Talk About Kevin n'aurait jamais reçu autant d'attention depuis sa première projection publique il y a près d'un an.
Car si le travail de la réalisatrice Lynne Ramsey est généralement inspiré, il faut admettre que le film comporte plusieurs failles, d'abord dans la simplification démesurée des personnages secondaires (aucun n'influence le récit de quelque manière que ce soit) et dans une certaine banalisation des faits; on est sans arrêt dans un état de constat, de justification, plutôt que d'être happé par l'émotion. Il faut cependant constater l'efficacité narrative rare du scénario, brillamment construit, entre une suite complexe - mais jamais lassante - de flashbacks et un exercice stylistique passant par un montage déstabilisant et ingénieux.
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