Avec
La lâcheté, Marc Bisaillon avait démontré une maturité prometteuse dans un premier film fort efficace. D'abord parce que son personnage principal, défendu par le talentueux Denis Trudel, permettait une exploration décalée de thématiques porteuses telles que la culpabilité et le manque d'amour. Poursuivant dans cette idée de « conscience coupable », le réalisateur propose, avec
La vérité, d'observer la réaction des coupables face à leurs remords - deux adolescents qui sont ici responsables de la mort d'un homme, suite à une série de mauvaises décisions - et face à leur avenir. Moins inédit que son prédécesseur,
La vérité s'avère tout aussi compétent, peut-être même mieux réalisé, mais moins senti, moins poétique.
La réalisation de Bisaillon est simple, mais efficace, tout comme le montage. Il s'agit de faire parler l'histoire, de la raconter le plus simplement possible puisqu'on prend le pari qu'elle est porteuse de sens. Or, contrairement à La lâcheté, les recoins moraux explorés par le film ont déjà été éclairés et ne s'avèrent pas aussi inédits que souhaité; que le héros, le défenseur du bien et du juste, soit rongé par le remords est inspiré assez directement de la morale judéo-chrétienne qui a longtemps dominé la conscience sociale québécoise et qui est toujours à la mode dans le cinéma hollywoodien. Le coupable est forcé à l'aveu parce que... et bien parce que, c'est plus gentil. Après un premier film qui justement s'en extirpait, on croyait bien que Marc Bisaillon allait poursuivre cette recherche philosophique allant au-delà des présupposés moraux.
Cela n'enlève rien cependant aux qualités de La vérité; ses personnages sont bien cernés (les ados mieux que les adultes) et les acteurs qui les incarnent certainement talentueux - mentionnons tout particulièrement le langage, crédible et dynamique, qu'ils utilisent -, alors que la réalisation se consacre entièrement à leur évolution psychologique, quitte à abandonner l'exercice de style. Si les deux jeunes hommes sont dépeints avec sensibilité, on perd un peu de vigueur avec des personnages féminins assez peu définis de la petite amoureuse et de la mère, plus victimes que moteurs d'une avancée narrative.
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