Voilà un excellent exemple d'excellent film américain. S'il ne peut servir qu'à prouver que les critiques de cinéma sont capables (la nuance, c'est qu'ils n'y sont pas obligés) d'apprécier autre chose que les films étrangers sous-titrés et arides, et que la chose primordiale - peut-être la seule importante - c'est l'intelligence du scénario, ce sera déjà ça de gagné. Mais
Moneyball permet bien davantage : c'est un divertissement efficace et un mélange réussi entre drame et comédie, qui démontre que les histoires les plus touchantes sont parfois celles qui semblent les plus anodines; peut-être est-ce un phénomène générationnel, mais de nos jours, les grands récits n'ont plus l'impact émotif qu'ils ont déjà eu, et c'est dans le destin de gens simples qu'on peut trouver les décisions les plus déchirantes.
Car Moneyball a, parmi ses qualités, son intérêt pour les « humains » derrières les vedettes du sport. Aucun des joueurs des A's d'Oakland n'est une supervedette, aucun ne gagne plusieurs millions de dollars par an (excepté David Justice) et ces hommes se battent pour leur salaire au quotidien, contre les blessures, les mauvaises séquences, les impondérables, pour élever leur famille et vivre le rêve américain. Ces hommes n'ont évidemment pas, à première vue, la valeur sociale d'un travailleur de rue, d'un intervenant en toxicomanie ou en violence conjugale, mais ils vivent tout de même des déceptions qu'on pourrait aisément associer à la désillusion américaine. Après tout, le baseball est bien « le passe temps de l'Amérique » par excellence.
Ces thématiques de loyauté, de famille, de travail et de laissés-pour-compte sont au centre d'une américanité mise en scène par Bennett Miller, réalisateur de Capote (un film de 2005 qui saisissait parfaitement l'essence de l'américanité à la fin des années 50) avec un grand talent. Sa caméra est à l'écoute des personnages et, malgré quelques petites longueurs en fin de parcours, le rythme est rigoureux. Un savant montage appuie également les moments forts du film.
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