Rigueur de la caméra, du décor, de l'interprétation, Belle épine veut être renfermé, veut peser lourd sur les épaules de son personnage principal. Cela le rend extrêmement rugueux, presque laid, voire même repoussant. Mais Belle épine veut aussi être aimé, et pour ce faire, il laisse transparaître des émotions qu'il n'assume pas, mettant au défi, à la manière de son héroïne Prudence Friedman, les autres personnages/spectateurs de l'aimer quand même, alors que ses motivations demeurent absconses et que ses gestes revendiquent l'inexpliqué. Un film dont l'intensité (77 min!) ne trouve malheureusement pas d'équivalent dans la narration.

Prudence Friedman, une adolescente de 17 ans, habite Paris avec sa soeur. Leur mère vient de mourir et leur père travaille au Canada. Alors qu'elle délaisse l'école, Prudence se lie d'amitié avec plusieurs jeunes casse-cou qui cherchent des sensations fortes sur leur moto, ainsi qu'avec la rebelle Maryline. Dans cet univers, il ne s'agit pas de comprendre mais de vivre, simultanément avec elle, les émotions de l'héroïne. Mais son obstination d'autodestruction et de confrontation la rendent plus antipathique qu'émouvante. Le désir est d'abord installé comme d'un moteur (le seul) du récit, alors que le deuil est rapidement délaissé (pour revenir, comme une « explication », en fin de parcours).

Léa Seydoux, une jeune actrice à la force subtile, trouve le moyen de s'illustrer, donnant à son personnage de Prudence une intensité qui intrigue au départ, mais qui déçoit ensuite. La simplicité de ses actions combinée à l'aspect anecdotique du récit - quand bien même les quelques dialogues seraient bien écrits - la placent dans un no man's land social qui confine au rôle d'observateur. Les actrices sont toutes efficaces, là n'est pas la question, mais elles sont loin (comme le film) de l'ambition de grandeur qui différencie le cinéma du reportage (dont on a un exemple probant à l'intérieur du film).

Suite...